Si la mort est taboue – Partie 3

Cet article fait suite à la première partie de « Si la mort est taboue » et la deuxième partie.

Réhabiliter La Mort

Être un Demi-dieu, c’est mettre le monde à distance. En fait, c’est être un voyeur qui jouit en regardant. Cette position ne produit pas les mêmes sensations que celui qui pratique. La carte n’est pas le territoire. L’homme qui a peur choisit souvent de regarder plutôt qu’expérimenter. Il faut être courageux pour être acteur, car il est nécessaire d’être consciemment vivant. Cela n’est pas un acquis, mais un potentiel. Il appartient à chacun de le développer et de réaliser l’essence de son humanité.

Pour réussir cet accomplissement, le premier geste est de quitter le perchoir technologique. Ainsi, vous prendrez possession de votre corps. Il est construit de limites et de réels besoins. Vous accéderez à la réalité de la terre et vos émotions seront de retour. Elles sont celles qui sculptent la conscience de vie de chacun.

On a que le temps de ses émotions ! Dans celle de l’amour naît l’éternité. Dans la douleur d’un adieu, s’ouvre la porte d’un ailleurs. L’insupportable angoisse de l’éphémère contient les germes du précieux, elle fait jouir dans l’unique et mourir dans le sacré. Quand vous dites « c’est ma montagne » en parlant de celle qui abrite votre bonheur, vous n’avez besoin d’aucun titre de propriété pour la protéger.
Les émotions vous transforment et vous construisent. Elles peuvent faire peur, quand elles manifestent en vous le gout de la destruction, de la haine ou de la colère. C’est aussi un travail de les reconnaitre et de les intégrer dans sa vie. Ce tumulte qui bouleverse et renverse, vous rend vivant. Le plus terrible pour un homme est de ne rien éprouver, c’est être un mort vivant.

 

C’est pour cette raison que la conscience de la mort est un vecteur stressant nécessaire, source d’émotions et de créativité. Dans la culture indienne, le chaman enseigne l’art d’« apprivoiser le corbeau », oiseau qui symbolise la mort.

Il dit à l’homme en devenir : « mets le corbeau sur ton épaule, sans jamais perdre la conscience de sa présence et de son pouvoir. Il te permettra d’apprendre à investir le Monde qui t’entoure et à faire les meilleurs choix pour ton accomplissement. Tu découvriras le pouvoir de l’amour et tu approcheras la beauté. Un jour, la conscience de ton univers rejoindra l’ensemble du monde vivant, tu ne feras plus qu’un, tu auras acquis la connaissance, le gout, le désir de le protéger et d’assurer ta lignée. Le choix de tes actions sera pris, avec la vision de ta descendance, jusqu’à la septième génération. »

Ce sont ces valeurs, cette notion du temps, qu’il nous est indispensable d’acquérir pour être un homme accompli. Pour pouvoir vivre le dernier instant de notre destinée dans l’abandon le plus total.

La rencontre avec le dernier souffle, n’est qu’un moment de plus dans la vie d’un individu. Il la reçoit avec de la curiosité ou de la peur, voir de la terreur ; avec confiance, avec amour ou endormi… les derniers instants sont à l’image des précédents. C’est pourquoi, la mort n’est que le point d’orgue qui révèle la qualité de la vie vécue.

Pour l’Espèce humaine, il en sera peut-être de même, sa fin ressemblera à son évolution. Elle pourra s’éteindre dans la sagesse ou mourir dans la violence et la terreur. Nous n’avons pas le pouvoir d’éviter la fin, mais nous pouvons décider de la façon de la vivre. Il est donc important d’être actif, pour que la dernière génération parte en paix. Mais comment agir sur des populations endormies devant leurs écrans ? Peut-être en nous éveillant les uns après les autres, l’éveil est contagieux et c’est une force.

Nous tenons notre vie dans nos mains et c’est à nous de faire le choix. Il a fallu des milliers de vies pour que nous foulions cette terre. Nous faisons peut-être partie des dernières générations qui la voient dans sa richesse et sa beauté. Votre vie en est d’autant plus précieuse. Il n’appartient qu’à nous de trouver le temps de jouir et d’être ce fou qui danse avec la vie. À nous regarder vivre ainsi, ceux qui nous entourent auront peut-être le goût de nous accompagner.

Devenons celui qui prend le temps de ramasser des étoiles de mers échouées sur la plage, pour les rendre à l’océan. N’ayons pas peur de dire droit dans les yeux à ceux qui diront :

– « Cela ne sert à rien d’en sauver dix ou vingt, demain il y en aura d’autres.
– Pour celle que je tiens dans ma main, cela fait toute la différence. »

La jouissance que l’on ressent à participer à la vie « jusqu’au bout » est un geste d’amour. Elle nous rend profondément confiant en l’inconnu qui nous attend. C’est tout simplement la route de l’accomplissement et de l’amour inconditionnel qui sommeille en chacun de nous.

René Char a écrit : « Ne te courbe que pour aimer quand tu meurs, tu aimes encore. »

Si vous choisissez d’être un résistant, de quitter cet état hypnotique : prenez votre corbeau sur l’épaule et osez aimer encore et encore, même si le prix en est la souffrance ! Vous êtes fabriqué pour supporter cela, votre vie prendra alors du sens et du sang.

Conclusion

L’épanouissement personnel est devenu une urgence. De lui dépend l’épanouissement de la collectivité. Jamais nous n’avons eu autant besoin de trouver l’essence de notre humanité pour préserver la vie. Nous en avons le devoir envers les générations futures. Ne les laissons pas mourir dans le monde illusoire des images.

Prenez quelques instants après avoir lu ce texte et demandez-vous :

dans quel groupe d’hommes êtes-vous ? Celui des voyeurs, des « Demi-Dieux » ou celui des hommes, qui cherchent l’accomplissement de leur nature profonde. Est-ce que la vie que vous menez vaut la peine d’être vécue ? Combien d’heures êtes-vous au téléphone ou devant un écran ? Combien de personnes quand vous pleurez ou riez peuvent recevoir votre tête sur leur épaule ? Est-ce que vous avez peur de l’engagement ? Votre vie a-t-elle un sens ? Est-ce que vous avez peur de mourir ?

Si vous découvrez, que vous vivez dans l’univers des images, que vous n’y êtes pas heureux, prenez votre corbeau sur l’épaule, retrouvez votre corps et au pays des émotions, faites jouir l’homme qui est en vous.

Que la mort vous ouvre la porte de la vie.

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