Si la mort est taboue – Partie 2

Cet article fait suite à la première partie de « Si la mort est taboue ».

LE MONDE EST EN DANGER

Dans ce monde bruyant et captivant, tout est information, plus rien n’est connaissance. On nous dit tout, on ne nous cache rien. On peut voir des reportages sur la pollution, la biodiversité, les déplacements des populations… Cela ne provoque pas de motivation suffisante pour agir. Les hommes sont comme hypnotisés et ne voient pas leurs morts.

Pour autant, à aucun moment, cet état n’est analysé comme un handicap. Au contraire, cette capacité à « savoir sans savoir » a introduit le joli concept de « fatigue compassionnelle ». Cette qualification rassurante autorise à ne plus éprouver de l’empathie pour les blessures du monde. Chacun attend d’être moins fatigué pour agir.

Cela vous parait exagéré ? Croyez-vous que vous n’êtes pas, vous même, conditionné ?

Je vous propose de faire un test.

Si je vous dis :

  • Il n’y aura plus de thon, de saumon sauvage dans les cinq ans qui viennent.
  • Les mers sont polluées et des milliers d’espèces d’oiseaux meurent d’avoir ingurgité le plastic dont regorgent les océans.
  • Le désert avance inexorablement tandis que les forêts disparaissent.

Comment vous sentez vous ? Que ressentez-vous à l’évocation de cette disparition ? Quelle est votre première réaction ? L’annonce de la disparition du monde vivant a-t-elle suscité, pour vous, de l’intérêt ? De la compassion ? Êtes-vous démuni face à cette situation ? Que ressentez-vous à l’évocation de cette disparition ? Votre front s’est-il plissé furtivement ? Peut-être avez-vous réagi d’un hochement de tête suivi d’un « ouf », « ah, encore ! » Ou « je sais… », en terminant par un soupir ?

Ces réactions révèlent que l’information est reçue essentiellement sur le plan intellectuel. Le corps réagi peu, vous n’êtes pas en danger, seulement impuissant.

Quand le cerveau est quasiment l’unique récepteur, il a toujours besoin de plus d’informations, car il a le goût de « voir pour voir », d’analyser encore et encore. La majorité de la population occidentale a cette approche. Pour satisfaire cette demande, la société produit des films, des enquêtes, des émissions, des missions, des rapports, des congrès… Les forums sur internet font le plein mais... la foule ne descend pas dans la rue, les décisions ne se prennent pas. La conscience de l’urgence reste dans le monde des pensées.

Si je vous dis maintenant :

D’ici trois mois, le téléphone portable et internet auront disparu.

Qu’elles sont vos réactions ?

Avez-vous marqué : un léger recul du corps, de rapides mouvements de têtes de droite à gauche, comme pour chasser cette idée ? Avez-vous fermé un instant les yeux ? Pour ne pas envisager cette éventualité ?
Qu’elles sont vos réactions ? Votre unique pensée ne s’est telle pas résumée a : « non, non », « ce n’est pas possible » ? Avez-vous ressenti une sensation d’angoisse ou de colère ? Est-ce qu’une forte énergie a bouillonné dans vos veines ?

Ces comportements révèlent que l’information a été reçue par tous les sens. D’une façon symbolique, la tête et le corps étaient connectés. La possible disparition, des outils de communication, a déclenché en vous l’angoisse de mort nécessaire pour faire taire les commentaires et exiger des actes.

Ce constat est préoccupant. La perte du Monde vivant vous fait réfléchir, alors que la disparition d’internet et du téléphone portable, vous a tout de suite mobilisé.

Seriez-vous actif et capable de vous battre, seulement pour sauver le monde technologique, scientifique et financier ? Pourquoi est-il devenu vital de le défendre ? Voilà les interrogations qui se posent à nous, car elles déterminent notre futur.

On se bat pour sauver ce monde parce qu’il est magique. Il rivalise avec les mystères de la vie et laisse croire qu’il pourrait détenir les clés de l’éternité. Il transmet, l’illusion que chacun détient un pouvoir absolu.

Assis derrière les écrans, on peut se prendre pour un demi-dieu à l’abri des besoins de l’espèce. On devient celui qui regarde de loin et compatit.
On s’émeut, on est triste en découvrant chaque jour, comme un feuilleton télé, l’évolution de la planète. On est horrifié devant les pays où les mers sont déjà vides, les forêts silencieuses et les sols arides. Là-bas, le rêve a disparu et seule la réalité brute, dure, insoutenable est présente. Les hommes sont statufiés dans leur désespérance.

C’est angoissant de rencontrer leurs regards, pourtant, il n’y a pas de réelles empathies.

Nous avons intérêt à préserver la vie d’un demi-dieu, par ce que pour lui la mort n’existe pas. Le monde meurt, mais ce n’est pas le nôtre. Il est impossible de s’imaginer à la place de ces populations, car le manque de ressources, la pénurie, n’est pas connue. Ce sont des données abstraites sans « signifiants sensoriels. »

L’écran est le mur derrière lequel l’individu se croit fort et protégé, l’essentiel de sa vie se passe à regarder et à vivre par procuration.

C’est la fin de ce deuxième épisode de la « Si la mort est taboue ». Qu’en pensez-vous ?

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