La médecine de tante Graziella

Je suis allée voir ma tante Graziella ; vieille dame au cerveau chancelant qui peut en un instant retrouver l’œil vif et percutant du temps de sa splendeur. Cette rencontre m’a profondément marqué car la phrase qu’elle m’a confiée s’est accrochée à mon cœur et a suivi mes pas. Au fil du temps, je l’ai portée, nourrie et enfin enracinée au plus profond de mon âme.
Pour accompagner mes vœux, j’ai choisi de vous offrir à mon tour cette phrase qui a su me guider sur le chemin de l’Indien.


C’était l’été dernier dans une chambre sans nom, sans odeur, sans histoire. Seule cette femme sur son fauteuil portait les parfums, les rires, les piques, les moments de ma vie, et l’amour que je lui portais. Ses yeux agrippés aux miens exigeaient mon entière attention pour libérer les mots qui sortaient du cœur. Elle m’a dit, telle une sentence venue du fond de son âge : « J’ai été dure… ». Et le silence racontait combien c’était vrai. Puis dans un sourire las, relevé d’un haussement d’épaule, bien connu chez les gens vaincus par la vérité, elle a ajouté : « Mais la vie était tellement dure… ». Et à nouveau, le silence, accompagné d’un soupir sans fin a confirmé ses dires.


Depuis, à chacun de mes pas, s’accroche telle une agonisante, cette phrase qui me hante.


Le monde se prépare au chaos et les mots, les maux, les nouveaux comportements deviennent des vents glacials qui ferment nos cœurs. Parfois, ils sont accompagnés de phrases telles que « je ne veux pas voir ça… », « Ça ne m’intéresse pas… », « N’y penses pas… », « Parlons d’autre chose voulez-vous ? » ou « ce n’est pas possible… ».
Dans la partie haute de notre raison, quand les émotions sont restées à la maison, au cours d’un dîner entre amis, on peut laisser tomber une phrase comme « On a déjà connu ça … », « C’est incroyable comme l’histoire se répète… », « On le sait, le chaos précède un nouvel ordre… ».
Pendant le temps des beaux discours, la sécheresse du soleil dévastateur est à l’œuvre. Il ferme les volets des maisons une à une et nos villages, nos cités fantômes s’endorment avec des verrous aux portes et aux cœurs.
J’ai fait le choix de traverser le chaos, le cœur ouvert et les yeux lucides. Et j’ai trouvé au pied de mon enfance, le fil d’Ariane qui m’a conduit à la route de l’homme libre par tous les temps.

Pour sortir de cette entrée dans la nuit, de la dureté, j’ai retrouvé le rire et les yeux de ma grand-mère. Je l’ai entendue, bien sûr dire : « C’est dur » et c’est vrai que la vie ne l’a pas ménagée. Mais en prononçant cette évidence, son corps restait souple et ses mots se noyaient dans des larmes indisciplinées qui stagnaient au creux d’un sourire en bandoulière. Car le parfum de l’amour dévalait la colline de tout son être. La douleur épousait une joie d’un ailleurs inconnu, ces épousailles devenaient « médecine » car à cet instant, j’avais la certitude que quoiqu’il arrive la vie était belle.
Sage-femme, guérisseuse des cœurs, ma grand-mère a su malgré la neige, malgré la pluie et les nombreux tsunamis d’une vie, préserver cet éternel rayon de soleil qui a animé mon enfance et aujourd’hui conduit ma vie.

C’est cette sensibilité qui n’a jamais quitté mon cœur, qui m’a conduit vers la chamane que je suis devenue. La vision de l’Indien est une source où le cœur se nettoie, où la mort devient danse et où l’amour ne fait plus peur, où la terre respire et ne rejette pas les siens : c’est la clé pour traverser les ténèbres avec bienveillance car elle nous permet de mieux voir la lumière.

Tout est à sa place, il suffit de connaître où est la sienne dans cette période de mutation.

Plus que jamais je suis convaincue que la voix du chaman est une ressource nécessaire pour vivre ces temps à venir dans la confiance en la vie et ses éternelles transformations.
C’est avec joie que je vous initierai tout au long de l’année et mon livre « les 4 voies chamaniques » m’accompagnera sur cette route de la vie.

Une très belle année qui commence !

2 réflexions sur « La médecine de tante Graziella »

  1. Bonjour,

    Très joli texte, et tellement vrai.
    Mais je ne comprend pas du tout pourquoi on bascule de la tante Graziella à la grand-mère. C’est là aussi « dur » car ça parait du coup inventé et non plus vécu. Ou alors quelque chose m’a échappé ?
    Expliquez-moi…
    Passez une belle journée.
    Vénysia

    1. Bonjour !

      Pour Graziella, chaque blessure de la vie a nourri son armure et elle s’est endurcie au point d’être isolée dans cette funeste protection.
      Pour ma grand-mère, chaque blessure de la vie fut une ouverture à l’amour inconditionnel, quelles que soient les douleurs qui l’ont traversée, elle a gardé confiance en la vie et a su préserver cet amour pour nous le transmettre à son tour.

      Voilà pourquoi ma grand-mère fut ma meilleure initiatrice à la vie.
      Par les temps qui viennent, beaucoup seront tentés comme Graziella de fermer leur cœur car il y aura trop douleur mais j’enseignerai la médecine de mamie, qui est de ne pas avoir peur car tant qu’on aime, on est vivant.

      J’espère que cette réponse vous éclaire sur le texte ! Belle journée.

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